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Comment réagir en cas de violences en archéologie ?

Les violences morales, sexistes et sexuelles dans le milieu de l’archéologie sont une réalité. Les étudiant·e·s ont parfois peur ou honte d’aller en chantier, et renoncent à poursuivre dans cette voie. On ne peut plus laisser cela se poursuivre. Cet article est pour tou·te·s ceux et celles qui cherchent de l’aide et qui ne veulent plus être démuni·e·s face aux agresseurs. 

Je m’adresse ici principalement aux personnes issues de la sphère archéologique, mais ces démarches peuvent s’appliquer dans d’autres contextes. Avant que vous ne commenciez à lire ce texte : victimes, témoins ou individus extérieurs, sachez que vous n’êtes pas seul·e·s.

Définissons les termes de violence psychologique et sexuelle

Définir si une situation est considérée comme de la violence sexiste et sexuelle peut-être difficile. Accepter que l’on peut-être « victime » est parfois un processus long, reconnaitre que l’on est « témoin » peut être crucial dans le soutien des victimes. Revenons donc sur quelques définitions et outils qui peuvent ainsi vous aider à établir qu’il s’agit d’un contexte de violences sexistes et sexuelles. 

On désigne par violence sexuelle et sexiste tout acte commis contre la volonté d’une personne et sans son consentement. Cet acte peut être d’ordre psychologique (humiliations, chantages, etc.), verbales (insultes, menaces, etc.) et/ou physique (attouchements, coups, etc.). Ces violences infligent des souffrances aux femmes, aux filles, aux hommes, aux garçons, et à toute personne non genrée. 

Que dit la loi ? 

      • code pénal, art. 222-22 : « Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise ou, dans les cas prévus par la loi, commise sur un mineur par un majeur. Le viol et les autres agressions sexuelles sont constitués lorsqu’ils ont été imposés à la victime dans les circonstances prévues par la présente section, quelle que soit la nature des relations existant entre l’agresseur et sa victime, y compris s’ils sont unis par les liens du mariage. »
      • code pénal, art. 222-33 : « Le harcèlement sexuel est le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. »
      • Code pénal, art. 621-1 : L’outrage sexiste consiste « à imposer à une personne un propos ou un comportement à connotation sexuelle ou sexiste, qui lui porte préjudice. L’acte doit porter atteinte à la dignité de la victime, en raison de son caractère dégradant ou humiliant, ou l’exposer à une situation intimidante hostile ou offensante. »

D’autres outils peuvent également vous aider à définir si vous êtes victimes de violences sexuelles et sexistes. Par exemple, de nombreux lieux publics affichent des « violentomètres », permettant ainsi de s’informer aux situations dangereuses ou non. 

Ci-contre à droite, un exemple de violentomètre qui peut être imprimé et affiché dans les bases vies pour prévenir les violences en archéologie. (lien vers l’impression et le crédit)

Je suis victime de violence en archéologie

Si vous lisez cette partie, c’est peut-être que vous avez dû faire face à une situation d’agression, parfois sexuelle, en chantier, au sein d’un laboratoire, ou peut-être dans le cadre d’un suivi de vos recherches. Avant toute chose, il est important que vous sachiez que l’on vous croit, vous n’êtes pas seul·e. Les étapes qui viennent sont là pour vous aider, si vous êtes dans cette situation. Des ressources extérieures à cet article se trouvent également à la fin de cette page.

1. La première étape est d’informer des personnes de confiance autour de vous

Demandez à un proche de vous accompagner pour ne pas vous retrouver seul·e en compagnie de votre harceleur·euse. Si cela a lieu dans le cadre d’un chantier, essayez de prévenir le ou la responsable afin qu’iel puisse prendre des mesures. S’il s’avère que l’agresseur·euse est ce dernier, vous pouvez vous tourner vers le, la, ou les, responsable de secteur, d’autres collègues, l’organisme qui encadre votre stage ou votre contrat, ou encore des associations.

2. Écrivez tout ce qui vous est arrivé

Dès que vous le pouvez, et de la manière la plus précise possible. Notez la date, l’heure, les gestes, les paroles, etc. C’est important pour trois raisons. Tout d’abord, cela permettra que votre explication des comportements reste identique dans le temps. La mémoire veut que nos souvenirs se déforment, vous éviterez de prendre le risque de vous contredire. Notamment, si vous souhaitez par la suite porter plainte ou déposer une main courante, une version manuscrite des faits vous sera demandée. La troisième raison, il s’avère parfois difficile de raconter oralement son vécu. Si vous désirez transmettre votre témoignage auprès d’associations, vous serez peut-être plus à l’aise par le biais de l’écrit. Vous pouvez également joindre des preuves à ce témoignage.

3. Enfin, vous pouvez entamer des démarches juridiques

Si vous ne souhaitez pas porter plainte, vous pouvez déposer une main courante. Le procureur de la République est ainsi informé de l’infraction déclarée. Il peut s’en saisir et demander une enquête. L’individu contre qui vous déposez la main courante ne sera pas prévenu. Vous pouvez sinon porter plainte. Il faudra alors vous accompagner d’un avocat, certaines associations peuvent vous orienter dans ces démarches.

Exprimer son refus n’est pas toujours facile. En archéologie, lorsque l’on débute, on peut craindre des répercussions. Y faire sa place est difficile, et par peur pour sa carrière, on n’ose généralement pas dire non. Il est donc important de vous rappeler que dans ces cas là, ce n’est pas vous le problème. Un·e responsable d’opération ou de secteur, un·e enseignant·e, voire même un·e collègue n’a en aucun cas la prérogative d’abuser de son autorité sur vous. Vous avez le droit de refuser et de vous défendre. C’est celui qui abuse de son pouvoir qui est en tort.


Je suis témoin de violences en archéologie

Vous pouvez être témoin de deux manières. Soit la victime est venue se confier à vous, soit vous avez assisté, de près ou de loin, à la ou les scènes de violences psychologiques et sexuelles. 

Si la victime est venue se confier

Il est important que vous vous montriez solidaire. Si elle vous en parle, c’est qu’elle a confiance en vous et qu’elle pense pouvoir trouver du soutien de votre côté. Il est essentiel que vous ne remettiez pas en doute ses propos, ce n’est ni votre rôle ni votre certitude qui doit primer ici. De plus, de nombreuses victimes ne parlent pas par peur de ne pas être crues, alors ne contribuons pas à la remise en doute de leurs paroles. L’autre point important, c’est de ne pas partager sans son consentement ce qu’elle vous aura confié. Si elle est prête à vous en parler à vous, elle ne l’est peut-être pas pour les personnes extérieures. Demandez dans ce cas son accord. Vous pouvez l’encourager à suivre les étapes évoquées dans la partie une et l’aider à contacter des associations, mais le principal est d’être à l’écoute avant de faire quoi que ce soit. Enfin, si vous sentez que pour vous aussi c’est une charge mentale que de recueillir son témoignage, vous pouvez, avec son consentement, voir pour vous tourner vers des associations ou lui demander de partager cela avec une troisième personne. 

Si vous êtes témoins directs des violences 

vous pouvez intervenir pour sortir la personne de la situation en l’éloignant de l’agresseur. Si vous n’avez pas pu intervenir, vous pouvez, avec l’autorisation de la victime, vous-même faire les démarches expliquées dans la partie un, à savoir contacter une association ou déposer une main courante. Dans tous les cas, il est important que cela soit fait avec le consentement de la personne concernée.

Ne rien dire par peur d’être accusé de diffamation. Lorsque les faits sont révélés, les agresseurs menacent parfois de porter plainte pour diffamation. C’est généralement le premier moyen de pression pour faire taire les victimes. Si ces menaces venaient à être mises à exécution, il faut savoir que la plainte ne peut être déposée que dans un délai de trois mois. Si elle est déposée, vous pouvez prouver avec votre dossier (récits, témoin, preuves, etc.) que cela s’applique sur des faits réels et non sur une volonté de nuire. Néanmoins, comme toute plainte, il est nécessaire de prendre un avocat, dont les frais vous seront remboursés si vous gagnez. 


Des associations peuvent vous aider

(cliquez sur le nom pour vous rediriger vers leur contact)

Cette liste est non exhaustive. Si vous connaissez d’autres associations qui n’apparaissent pas ici, n’hésitez pas à me le communiquer soit sur Instagram, soit par mail (contact@fouille-lhistoire.com), je pourrai ainsi les contacter. Toutes les associations inscrites ci-dessus ont été contactées avant d’être affiliées à cette liste, et sont donc en mesure de répondre à vos questions.

des associations nationales 

une association proche de chez vous

(Ces associations n’ont pas d’expertise juridique sur ces sujets, néanmoins elles peuvent vous soutenir et vous accompagner dans vos questions)

  • Bordeaux :  
  • Caen :
  • Dijon : 
  • Toulouse :

Aides juridictionnels

  • Le numéro 3919 qui vous permettra d’être orienté·e vers des structures d’aides, aussi bien sociales que juridiques. Ce numéro est accessible 24h/24 et 7j/7
  • En cas de danger immédiat, appelez la police, la gendarmerie ou les pompiers en composant le 17, le 18 ou le 114.
  • Le service public vous permettra également d’obtenir d’autres aides juridiques

Autres ressources

  • Association chantier éthique : vous pourrez y retrouver une liste actualisée chaque année comprenant tous les chantiers éthiques en France. Chaque chantier sur la liste a reçu un label après une analyse du site par l’association paye ta truelle.
  • La FRAP
  • Association CLASHES (collectif de lutte contre le harcèlement sexuel et moral dans l’enseignement supérieur)

Je m’adresse dans cet article aux personnes issues de la sphère archéologique, mais ces démarches peuvent s’appliquer dans d’autres contextes. De plus, il est également possible de s’entourer de proches, mais également d’associations, de collectifs ou de groupes féministes pour s’engager et soutenir les luttes contre les violences sexuelles et sexistes. C’est un moyen de créer d’autres modes d’action que la voie institutionnelle. Je finirai cet article en disant aux victimes, témoins ou individus extérieurs que vous n’êtes pas seul·e·s.

Je tiens à remercier tous mes proches qui ont réagi quand je cherchais des associations. Merci à vous d’avoir fait tourner votre réseau afin que cet article soit le plus complet possible. Merci également aux associations qui ont répondu présentes pour faire partie de cette liste, mais également à celles qui ont assumé ne pas être en capacité, mais qui soutiennent ce projet. Merci à Guillaume qui m’a encouragé et aidé à écrire ce texte. Merci à Gabrielle Sheehan pour l’illustration de ce post. Merci à tous ceux et celles qui soutiennent cette démarche. Mais surtout bravo à tous ceux et celles qui parlent pour que ces violences en archéologie ne se reproduisent plus. 

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