Il est des films qui ne se contentent pas de raconter une histoire, mais qui vous habitent bien après la dernière image. Le Retour d’Ulysse, signé Alberto Pasolino, avec Ralph Fiennes et Juliette Binoche, est de ceux-là. Rarement une réinterprétation d’un mythe aura été aussi puissante, aussi organique, aussi viscéralement humaine.
Vingt ans après la guerre de Troie, Ulysse revient à Ithaque, où Pénélope, restée fidèle, résiste aux prétendants qui convoitent le trône. Leur fils Télémaque, qu’Ulysse n’a jamais connu, devient à son tour une menace pour ceux prêts à tout pour prendre le pouvoir.

Une adaptation du mythe pleine d’audace et de justesse
Pasolino ne se contente pas de moderniser L’Odyssée, il en extrait la substance la plus pure : l’errance, le retour impossible, l’identité qui se fracture. Son Ulysse n’est pas un héros conquérant, c’est un homme brisé, porté par l’espoir et la douleur. Il n’y a pas de dieux spectaculaires ici, mais des hommes, des femmes, des silences.

Ce qui frappe, c’est à quel point l’histoire antique trouve un écho dans le monde d’aujourd’hui. L’exil, la mémoire traumatique, la difficulté de retrouver sa place chez soi, tout cela est traité avec une pudeur bouleversante. La fidélité à l’esprit du mythe est totale, tout en ressentant une certaine liberté d’interprétation. C’est un équilibre rare.
Une réalisation d’une beauté stupéfiante
Pasolino filme avec une patience et une attention presque sacrées. La lumière naturelle, les longs plans fixes, les paysages arides ou marins deviennent le théâtre d’une introspection profonde. La direction d’acteurs est impeccable, sans parler du casting qui correspondait parfaitement à l’idée que l’on peut se faire d’un tel rôle. L’Ulysse de Pasolino est mutique, creusé par l’épreuve, et pourtant chaque regard, chaque geste, dit l’indicible. Ralph Fiennes arrive à nous émouvoir d’un simple regard. Pénélope, elle, est l’attente incarnée, mais sans passivité : elle vit, doute, résiste. Leur (re)trouvaille est un moment de cinéma à la fois sobre et terrassant. La bande-son, souvent absente, laisse place au vent, aux pas, au souffle. Quand la musique surgit, c’est avec une puissance quasi spirituelle.
Quelques défauts ? Oui, mais jamais rédhibitoires
On pourrait reprocher au film son rythme très lent, son refus de tout spectaculaire, sa narration parfois elliptique. C’est vrai qu’il faut accepter de se laisser porter, d’entrer dans un temps différent. Mais ceux qui font ce choix sont récompensés par une expérience rare. Quelques scènes auraient peut-être mérité un peu plus de clarté (notamment celles des souvenirs d’Ulysse), et certains personnages secondaires restent à peine esquissés. Mais au fond, ces imperfections renforcent la force brute et poétique de l’ensemble.

Conclusion
Le Retour d’Ulysse n’est pas un film pour tous les publics. Il demande de l’attention, de la sensibilité, de l’abandon. Mais il offre en retour ce que le cinéma peut produire de plus pur : un voyage intérieur, une épure, une vérité. Alberto Pasolino signe ici une œuvre majeure, qui parvient à faire dialoguer Homère et notre époque, sans artifices ni cynisme. Un film de silence, de souffle, de mer, et d’humanité.
Le Retour d’Ulysse d’Alberto Pasolino est un chef-d’œuvre mythologique et sensoriel ★★★★★
Ce sont les films comme celui-ci qui me rendent autant amoureuse du cinéma. En attendant, si vous aimez les films historiques, découvrez-en d’autres ici : cinéma. Sinon, vous pouvez aussi découvrir nos derniers articles sur l’archéologie ! En attendant, n’hésitez pas à partager votre avis en commentaire ou à ajouter toute information qui vous semble importante !
